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Éolien en mer : l'AO10 lance 10 GW, offres au 12 octobre

AO10 éolien en mer : 11 projets totalisant environ 10 GW sont en concurrence. Les offres doivent être déposées avant le 12 octobre 2026 à midi au plus tard.

Éoliennes marines lointaines observées depuis un cap normand venteux.

Le gouvernement a annoncé le 2 avril le lancement de l’appel d’offres n°10, ou AO10, pour l’éolien en mer. La procédure rassemble désormais les AO9 et AO10 et porte sur 11 projets, représentant environ 10 GW de puissance : 5 GW d’éolien posé et 5 GW d’éolien flottant. Les entreprises intéressées peuvent remettre leur offre jusqu’au 12 octobre 2026 à 12 heures. Pour les ménages, il ne s’agit pas d’une modification immédiate du prix du kWh. L’enjeu se situe plus loin : les prix proposés dans cet appel d’offres pèseront sur le montant futur des contrats de soutien, donc potentiellement sur les dépenses publiques ou la facture d’électricité.

Ce qui change exactement

L’AO10 remplace deux procédures initialement distinctes. Au lieu d’un AO9 puis d’un AO10, les candidats concourent dans un appel d’offres unique couvrant toutes les façades maritimes françaises. Le volume annoncé est d’environ 10 GW, réparti à parts égales entre l’éolien posé et l’éolien flottant.

L’éolien posé repose sur des fondations installées sur le fond marin. L’éolien flottant utilise des structures flottantes ancrées en mer. L’appel d’offres prévoit 5 GW dans chacune de ces deux catégories. Cette répartition compte, car elle rassemble dans une même procédure des projets reposant sur des technologies différentes, sans que le prix retenu pour chacun soit connu à ce stade.

Les zones citées couvrent la Manche et la Normandie, la Bretagne nord et sud, ainsi que le sud de l’Atlantique autour d’Oléron. En Manche/Normandie, le programme comprend notamment trois parcs de 1 350 MW au large de Fécamp. À eux seuls, ces trois projets totalisent 4 050 MW, soit plus de 4 GW.

La date à retenir pour les candidats est le 12 octobre 2026 à midi. Après cette échéance, les offres seront instruites par la Commission de régulation de l’énergie, la CRE. Le calendrier communiqué prévoit une désignation des lauréats entre la fin de 2026 et le début de 2027. Le prix d’attribution, projet par projet, n’est donc pas connu au 3 août 2026.

L’annonce d’un volume de 10 GW ne signifie pas que 10 GW de production électrique supplémentaire arrivent immédiatement sur le réseau ni qu’une baisse tarifaire est déjà décidée. L’appel d’offres ouvre une phase de mise en concurrence. Les effets financiers dépendront des offres reçues et des contrats finalement attribués.

Pourquoi

Depuis le 1er janvier 2026, les contrats pour différence, souvent désignés par l’acronyme anglais CfD, sont appelés à devenir l’outil de soutien de référence pour les nouveaux projets nucléaires et renouvelables. L’AO10 s’inscrit dans ce cadre, après la fin de l’ARENH le 31 décembre 2025.

Le principe du CfD bidirectionnel est de définir un cadre de rémunération pour une installation électrique sur une durée qui peut aller jusqu’à 15 ans. Le niveau de prix issu de l’appel d’offres devient donc un élément central. Si ce niveau est élevé, le coût potentiel du soutien public peut augmenter lorsque les prix de marché ne couvrent pas les conditions prévues par le contrat. Si les prix de gros sont élevés, les recettes associées aux contrats peuvent, à l’inverse, être redistribuées aux clients finals.

C’est pourquoi le prix d’attribution de l’AO10 intéresse directement les consommateurs, même si aucun particulier ne répond à cet appel d’offres. Il ne suffit pas de connaître la puissance annoncée, 10 GW, pour savoir si l’opération fera augmenter ou diminuer la facture. Il faut aussi connaître le prix retenu, l’évolution future des prix de gros et les modalités précises selon lesquelles les flux des CfD seront financés ou reversés.

À ce jour, aucun de ces prix d’attribution n’est arrêté puisque les offres peuvent encore être déposées. Le montant exact qui pourrait être payé via la facture d’électricité ou via le budget de l’État n’est donc pas connu. Présenter les 10 GW comme une économie automatique pour les ménages serait prématuré ; les contrats pour différence peuvent aussi produire des recettes lorsque les prix de marché sont durablement élevés.

La fusion des AO9 et AO10 concentre surtout la compétition sur un volume très important, réparti entre plusieurs zones et entre éolien posé et flottant. La CRE intervient dans l’instruction des offres. Son rôle dans cette étape est distinct de celui du fournisseur qui facture chaque mois l’électricité à un foyer.

Ce que ça change sur votre facture

À court terme, l’effet est nul et non identifiable sur une facture. Aucun prélèvement intitulé « AO10 » ne s’ajoute à l’abonnement ou au prix du kWh à la suite du lancement de l’appel d’offres. Les ménages ne verront pas non plus une remise immédiate liée aux 10 GW annoncés.

Pour disposer d’un point de comparaison, un foyer consommant 4,5 MWh par an au tarif réglementé de vente paie environ 1 072 euros TTC par an depuis le 1er août 2026. Ce montant dépend notamment du prix du kWh, de l’abonnement, de l’acheminement et des taxes. En option Base avec une puissance de 6 kVA, le tarif réglementé est de 0,2001 euro TTC par kWh et l’abonnement annuel de 190,32 euros TTC.

Il est impossible d’isoler aujourd’hui une part AO10 dans ces 1 072 euros annuels. Le prix de chaque projet n’a pas encore été attribué. Il n’est donc pas possible de dire qu’un ménage de 4,5 MWh paiera, par exemple, quelques euros ou plusieurs dizaines d’euros de plus par an à cause de cet appel d’offres. La même incertitude vaut pour un petit consommateur comme pour un foyer chauffé à l’électricité consommant davantage.

L’effet potentiel sera indirect et différé. Il passera par les contrats pour différence associés aux lauréats, puis par leur financement ou par d’éventuelles recettes à redistribuer. Entre l’annonce de l’appel d’offres, la sélection des lauréats attendue entre fin 2026 et début 2027 et un éventuel effet visible sur les prix payés par les consommateurs, plusieurs paramètres restent inconnus.

Le lecteur doit aussi distinguer cet appel d’offres des mouvements tarifaires actuels. La hausse moyenne de 2,5 % TTC du tarif réglementé au 1er août 2026 provient notamment de l’augmentation du tarif d’utilisation des réseaux, du nouveau mécanisme de capacité et de l’évolution de l’accise. Elle ne résulte pas du lancement de l’AO10.

Ce que vous pouvez faire

Aucune démarche ne permet aujourd’hui de réduire spécifiquement sa facture grâce à l’AO10. Changer de fournisseur, modifier sa puissance souscrite ou déplacer ses usages électriques ne donne pas accès à un « tarif AO10 », car le prix des contrats n’est pas encore connu et aucun effet tarifaire direct n’est appliqué aux particuliers.

Le repère utile est la publication des lauréats, annoncée entre la fin de 2026 et le début de 2027. C’est à ce moment que les prix d’attribution permettront de commencer à évaluer l’enjeu financier des contrats pour différence. Même alors, il faudra connaître les règles de financement ou de redistribution pour traduire ces prix en euros sur une facture.

D’ici là, un ménage qui veut agir sur son budget électricité dispose surtout de leviers indépendants de l’AO10 : vérifier le prix du kWh et l’abonnement de son contrat, comparer les offres sur un même profil de consommation et adapter ses usages aux heures creuses lorsqu’il en bénéficie. Ces choix peuvent modifier la facture personnelle ; ils ne permettent pas de prévoir le coût futur de l’éolien en mer.

Le point à surveiller n’est donc pas seulement la puissance annoncée, mais le couple formé par le prix attribué aux projets et les prix de gros de l’électricité. Avec un CfD bidirectionnel, les consommateurs peuvent être concernés dans les deux sens : par un coût de soutien lorsque le marché est bas, ou par des recettes à redistribuer lorsque le marché est haut.

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