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Heures creuses : 11 millions de foyers basculent l’après-midi
Onze millions de clients verront les heures creuses déplacées d’ici octobre 2027. Huit heures restent garanties, mais il faut reprogrammer les appareils.
Depuis le 1er novembre 2025, Enedis modifie progressivement les horaires d’heures creuses de 11 millions de clients. La réforme ne retire pas les huit heures creuses quotidiennes prévues par l’option tarifaire, mais elle déplace une partie de ces heures vers l’après-midi. Pour les foyers concernés, le risque financier est simple : un ballon d’eau chaude, une voiture électrique ou un lave-linge encore programmés sur l’ancien créneau peuvent fonctionner en heures pleines sans que le ménage l’ait volontairement choisi.
Ce qui change exactement
Le principe reste celui de huit heures creuses par jour. En revanche, leur répartition évolue. Chaque client concerné doit disposer d’au moins cinq heures creuses consécutives la nuit, dans la plage allant de 23 heures à 7 heures. Jusqu’à trois heures creuses peuvent aussi être positionnées l’après-midi, entre 11 heures et 17 heures.
Les anciennes heures creuses situées entre 7 heures et 11 heures, ainsi qu’entre 17 heures et 23 heures, sont supprimées pour les clients basculés. Ces périodes correspondent aux moments où la consommation nationale est généralement plus élevée : préparation du matin, retour au domicile, cuisine, éclairage et chauffage selon les logements.
Tous les foyers ne changent pas le même jour et tous ne reçoivent pas exactement le même horaire. Le calendrier dépend du point de livraison et de la programmation appliquée localement par Enedis. C’est donc l’information transmise au client qui fait foi pour connaître ses nouvelles plages.
Le déploiement se déroule en deux étapes. Une première phase a concerné 1,7 million de clients ; les bascules ont été achevées en juin 2026. La seconde phase porte sur 9,3 millions de clients supplémentaires. Elle commence au second semestre 2026 et doit se poursuivre jusqu’en octobre 2027. Au total, 11 millions de clients sont concernés.
Le changement ne concerne pas le tarif Base : il vise les contrats avec une différenciation entre heures pleines et heures creuses. Les huit heures à prix réduit restent donc prévues, mais ce sont les moments permettant d’en profiter qui sont modifiés.
Pourquoi les heures creuses passent aussi l’après-midi
La réforme a été intégrée au cadre du TURPE 7, le tarif qui finance l’utilisation des réseaux électriques et dont les règles ont été posées par la Commission de régulation de l’énergie en mars 2025.
Son objectif est d’aligner une partie des usages flexibles des ménages sur la production solaire. La production photovoltaïque atteint son niveau le plus élevé autour de la mi-journée. Proposer des heures creuses entre 11 heures et 17 heures doit donc encourager le déplacement de certaines consommations vers les heures où l’électricité solaire est la plus disponible.
Le raisonnement ne consiste pas à dire que l’électricité est systématiquement moins chère chaque après-midi pour tous les contrats. Il s’agit d’adapter les périodes tarifaires aux évolutions du système électrique : davantage de solaire en journée, mais aussi davantage d’équipements pilotables chez les particuliers, comme les chauffe-eau électriques et les véhicules électriques.
Cette évolution ne crée pas une neuvième heure creuse et ne transforme pas automatiquement une facture. Elle modifie l’horaire auquel le prix heures creuses s’applique. Un foyer qui déplace effectivement sa consommation programmable dans les nouvelles plages conserve l’intérêt de l’option. À l’inverse, un foyer qui laisse ses appareils sur les anciens horaires peut perdre une partie de cet avantage.
Ce que ça change sur votre facture
Aucun montant unique ne peut être annoncé pour tous les ménages. Le surcoût dépend de trois éléments : le nombre de kilowattheures consommés sur un ancien créneau devenu une heure pleine, l’écart entre le prix TTC des heures pleines et celui des heures creuses du contrat, et la capacité du foyer à déplacer ses usages.
Le calcul est le suivant : surcoût annuel = nombre de kWh déplacés involontairement vers les heures pleines × écart TTC entre le prix heures pleines et le prix heures creuses.
Un foyer qui vérifie ses équipements et les programme sur les nouvelles plages n’a, du seul fait de ce déplacement d’horaires, aucun surcoût lié aux kWh concernés : les consommations restent facturées en heures creuses. C’est notamment le cas si la recharge d’un véhicule électrique, le chauffe-eau ou les cycles différés d’appareils électroménagers suivent bien les nouveaux créneaux.
À l’inverse, un ménage dont le ballon d’eau chaude démarre encore sur une ancienne plage du matin ou du soir risque de voir cette consommation facturée au prix heures pleines. Même situation pour une voiture électrique lancée automatiquement en début de soirée, ou pour un lave-linge programmé sur une période qui n’est plus creuse.
Le tarif réglementé de vente en option Base est fixé, depuis le 1er août 2026, à 0,2001 € TTC par kWh, avec un abonnement annuel de 190,32 € TTC en 6 kVA. Ces repères ne permettent toutefois pas de chiffrer le coût de la réforme pour un client en heures pleines/heures creuses : il faut connaître les deux prix distincts prévus par son contrat. La TVA s’applique à 20 % sur l’ensemble de la facture, y compris sur les consommations déplacées en heures pleines.
La réforme ne garantit donc pas une économie. Elle donne une possibilité de conserver le bénéfice du prix heures creuses à condition que les usages déplaçables suivent les nouveaux horaires. Pour les consommations impossibles à décaler, comme la cuisson, l’éclairage ou une partie du chauffage lors de l’occupation du logement, aucun gain automatique n’est prévu.
Ce que vous pouvez faire
La première étape consiste à lire attentivement la notification envoyée lors du changement. Elle doit permettre d’identifier les nouveaux créneaux applicables au logement. Il ne faut pas supposer que les heures creuses restent uniquement nocturnes ni reprendre les horaires d’un voisin : les plages ne sont pas nécessairement identiques d’un foyer à l’autre.
Ensuite, il faut vérifier les appareils qui fonctionnent automatiquement. Les principaux équipements à contrôler sont le ballon d’eau chaude, la borne ou le câble de recharge d’un véhicule électrique, les programmateurs de lave-linge et lave-vaisselle, ainsi que tout appareil déclenché par une horloge ou un scénario domotique.
Pour un chauffe-eau, le point à vérifier est que son fonctionnement corresponde toujours aux nouvelles heures creuses. Pour un véhicule électrique, il faut revoir l’heure de départ de la recharge si elle est programmée la nuit ou en début de soirée. Pour les appareils ménagers, le départ différé peut être repositionné sur une plage de l’après-midi ou sur la nouvelle période nocturne, selon les horaires communiqués.
Après le changement, comparer les consommations enregistrées en heures pleines et en heures creuses permet de repérer une anomalie. Une hausse inhabituelle des kWh facturés en heures pleines peut signaler qu’un équipement n’a pas suivi le nouveau calendrier. Cette vérification est particulièrement utile au cours des premières factures suivant la bascule.
Enfin, il faut garder à l’esprit la limite principale de la mesure : seuls les usages réellement programmables peuvent être déplacés. Un ménage absent toute la journée, incapable d’utiliser les heures creuses de l’après-midi et dont les appareils ne peuvent pas être décalés la nuit peut voir l’intérêt de son option se réduire. Le montant exact dépendra alors de son contrat et de ses habitudes de consommation.
Pour aller plus loin
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