Réglementation

DPE 2026 : 850 000 logements ne sont plus des passoires

Depuis le 1er janvier 2026, le DPE reclasse environ 850 000 logements. Leur facture d’énergie ne baisse pourtant pas d’un centime avec cette réforme.

Diagnostiqueur mesurant un mur tandis qu’une facture reste inchangée sur la table.

Depuis le 1er janvier 2026, environ 850 000 logements ne sont plus considérés comme des passoires thermiques au sens du diagnostic de performance énergétique, ou DPE. Aucun chantier n’a été nécessaire : ce changement résulte du recalcul du coefficient d’énergie primaire de l’électricité. La majorité des logements concernés passent de la classe F à la classe E. Une part significative des logements classés G passe en F. Pour leurs occupants, la nuance est essentielle : la lettre affichée sur le diagnostic peut changer les règles de location ou d’accès à certaines aides, mais elle ne fait baisser ni la consommation ni la facture.

Ce qui change exactement

La réforme modifie le calcul du DPE applicable depuis le 1er janvier 2026. Le diagnostic ne mesure pas directement le montant payé au fournisseur d’électricité : il classe un logement à partir d’une estimation conventionnelle de ses consommations et d’indicateurs réglementaires. Le coefficient d’énergie primaire de l’électricité entre dans cette méthode de calcul.

Avec son nouveau niveau, ce coefficient améliore mécaniquement le résultat de certains logements utilisant l’électricité. Près de 850 000 logements sortent ainsi du statut de passoire thermique sans isolation supplémentaire, remplacement de fenêtres, changement de chauffage ou réglage d’appareil.

Les conséquences diffèrent selon la classe gagnée :

  • un logement qui passe de G à F ne relève plus de l’interdiction de location visant les logements G, en vigueur en métropole depuis le 1er janvier 2025 ;
  • un logement qui passe de F à E reste louable après le 1er janvier 2028, date à laquelle les logements F seront à leur tour interdits à la location ;
  • un logement reclassé E conserve une échéance de location plus lointaine : les logements E seront concernés à partir du 1er janvier 2034.

Le calendrier ne change pas pour les logements qui restent dans leur classe. En outre-mer, les échéances sont décalées : les logements G doivent être exclus de la location en 2028, les F en 2031 et les E en 2034.

La vente est aussi concernée. Un audit énergétique est obligatoire pour les logements classés F ou G vendus. Cette obligation est appelée à être étendue aux logements E, puis aux logements D en 2034. La nouvelle lettre du DPE peut donc avoir des effets sur les démarches à anticiper lors d’une mise en vente, selon le classement finalement retenu.

Pourquoi

Le DPE ne correspond pas à une facture réelle. Il traduit les consommations théoriques d’un logement selon une méthode commune, afin de comparer des biens entre eux. Pour cela, il distingue l’énergie finale, celle effectivement livrée et payée par le ménage, de l’énergie primaire, utilisée dans le calcul réglementaire.

L’électricité consommée au compteur est donc convertie dans le DPE avec un coefficient d’énergie primaire. C’est ce coefficient qui a été recalculé au 1er janvier 2026. Un logement proche du seuil entre deux lettres peut alors changer de classe alors que le logement, ses équipements et les habitudes de ses occupants restent rigoureusement les mêmes.

Le résultat peut sembler contre-intuitif : une passoire thermique désigne habituellement un logement classé F ou G, mais l’étiquette dépend d’une méthode réglementaire. Un logement ancien chauffé à l’électricité peut ainsi obtenir une meilleure note sans que ses déperditions de chaleur aient été corrigées.

Cette réforme réduit donc le nombre de logements soumis aux contraintes les plus immédiates, notamment pour la location. Elle ne modifie pas les caractéristiques physiques du bâti. Un mur non isolé, une ventilation insuffisante ou un appareil de chauffage ancien continueront à entraîner les mêmes besoins de chauffage tant qu’aucun travaux ou changement d’usage n’intervient.

Ce que ça change sur votre facture

Le gain immédiat sur la facture d’énergie est de 0 €. Le nouveau calcul du DPE ne modifie ni le relevé du compteur, ni le contrat d’électricité, ni le prix du kWh, ni l’abonnement payé au fournisseur.

Au tarif réglementé de vente de l’électricité, en option Base 6 kVA, le prix est de 0,2001 € TTC par kWh et l’abonnement annuel de 190,32 € depuis le 1er août 2026. Ces montants s’appliquent de la même façon avant et après le reclassement DPE. La TVA reste fixée à 20 % sur l’ensemble de la facture et l’accise sur l’électricité est de 30,62 €/MWh.

Le repère retenu pour une facture type de 4,5 MWh par an est de 1 072 € TTC au tarif réglementé depuis août 2026. Si ce ménage vit dans un logement qui passe de F à E grâce à la réforme du DPE, sa facture reste de 1 072 € en l’absence de tout autre changement de prix, de contrat ou de consommation. Le reclassement seul ne génère aucune économie de kWh.

Le principal effet financier est indirect et concerne surtout les propriétaires bailleurs. Un logement G devenu F échappe à l’interdiction déjà applicable aux G. Un logement F devenu E repousse l’échéance d’interdiction de location de 2028 à 2034. Cela peut éviter, ou au moins différer, des travaux imposés pour conserver le droit de louer.

La réforme peut aussi avoir un effet moins favorable sur les aides. Depuis 2026, MaPrimeRénov’ est recentrée sur les logements classés E, F ou G. Un logement qui passe de E à D du fait du nouveau calcul sort de ce périmètre. Le propriétaire peut donc perdre l’accès à cette aide pour une rénovation d’ampleur, alors même que sa consommation réelle et ses besoins de travaux n’ont pas diminué.

Ce que vous pouvez faire

Si vous êtes propriétaire bailleur, vérifiez d’abord la classe DPE utilisée pour votre location. Un G reclassé F n’est plus soumis à l’interdiction de location applicable aux G depuis 2025, mais il reste concerné par l’échéance des F au 1er janvier 2028. Un F devenu E dispose d’un délai supplémentaire, jusqu’à l’échéance des logements E en 2034. Le nouveau classement ne supprime donc pas toutes les contraintes à long terme.

En cas de projet de vente, tenez compte de l’audit énergétique obligatoire pour les logements F et G. Le classement DPE peut modifier les obligations attachées au bien et la perception des acheteurs, sans changer la dépense énergétique réelle du logement.

Si vous préparez une rénovation, ne vous fiez pas à la seule lettre gagnée avec la réforme. Regardez aussi les factures réelles, le niveau de consommation et les équipements qui pèsent sur les dépenses de chauffage et d’eau chaude. Un meilleur DPE obtenu par recalcul ne fait pas disparaître une facture élevée.

Enfin, avant de déposer une demande de MaPrimeRénov’ pour une rénovation d’ampleur, vérifiez votre nouvelle classe. Le dispositif de 2026 vise les logements E, F et G, avec un rendez-vous personnalisé obligatoire auprès d’un conseiller France Rénov’ avant le dépôt. Pour un logement reclassé D, l’amélioration de l’étiquette peut donc se traduire par la perte de cette voie de financement, même si les travaux restent utiles pour réduire durablement les consommations.

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